Corseul - Vannes

 

1-H

VOIE DE CORSEUL A VANNES

FANUM MARTIS A DARIORITUM

LE CHEMIN DE L'ETRAT 

 

     Corseul, cité totalement créée par l'administration romaine, ne possède à l'époque aucun chemin d'accès. En même temps que la cité, des voies toutes neuves vont être aménagées afin de communiquer avec les capitales voisines. L'une d'entre elles, construite jusqu'aux Landes du Mené, rejoint un tracé ancien nord-sud, déjà existant, qui va de la baie de Saint-Brieuc à Vannes.

     Son tracé a été repéré puis analysé par J. Gaultier du Mottay en 1867 puis par L. Marsille et enfin par L. Langouët et O. Jumel en 1995 pour sa partie coriosolite. De plus G. Joubel en a fait diverses études sur le terrain dans le secteur de Laurenan ainsi que dans le Morbihan Trinité-Porhouët, forêt de Lanouée et franchissement de l'Oust. Nous pouvons donc la considérer comme certaine.

     La voie, sortant de Corseul par le sud-ouest, direction le Val, se confond avec la D44 jusqu'à sa jonction avec la N176 de Dinan à Lamballe. Sur les anciens cadastres, elle est connue sous le nom de Chemin de l'Etrat (1).

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la voie de Corseul à Jugon

     Après avoir traversé le ruisseau des Vaux par un gué empierré, recouverte par la D44, elle sert souvent de limite entre les communes entre l'Isle-Pelote en Corseul et Quémignon en Saint-Michel-de-Plélan (2), puis entre la Cadiais et Couavra en Saint-Méloir-des-Bois. C'est sans doute de ce tronçon que provient le milliaire conservé aujourd'hui en l'église de Saint-Méloir-des-Bois (3). Il conviendra généralement de noter que les routes servant de limite communale ont souvent une origine ancienne car, étant là avant l'établissement des communes, ce sont elles qui ont servi de point de repère au balisage et aux cadastres. Ici, nous remarquons en plus les deux toponymes voisins de la Salle et du Champ-Martin (4)

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milliaire de Saint-Méloir-des-Bois

    Après Maison-Neuve, c'est l'actuelle N176 pendant 1 km, puis elle traverse le petit bois au nord de Parga, arrive à la Ville Danne puis à Boutard, quartier sud de Jugon-les-Lacs. Elle traverse l'étang de Jugon qui, lui, ne date que du moyen âge. A l'époque romaine, un gué permettait de franchir l'Arguenon, puis un pont de pierre dont on a retrouvé les soubassements lors de curages de l'étang (5).

     La voie traverse ensuite le territoire de Dolo. Reconnue à cet endroit sur les anciens cadastres, sous le nom de Chemin des Romains, elle passe à Bouquet-Jalu (6), puis au nord-ouest du bourg, et enfin entre l'Abbaye et le Champ de l'Eglise avant de rejoindre la Longrais. Nous noterons, tout près de la voie, les toponymes des villages de l'Echaussée et de la Rue, deux évocations de la voie.

     Sur la commune de Plénée-Jugon, son tracé est encore visible dans le chemin vicinal à la Mare-Pilet, la Ville-Josse, la Ruselée. Elle coupe l'actuelle D25 de Sévignac à Plénée-Jugon, elle reprend pendant 2500 m un chemin vicinal par le Cloître et le Petit Saint Meleuc, elle coupe ensuite la D59, garde une direction sud-sud-ouest, traverse la partie ouest de la forêt de la Moussaye, retrouve ensuite le tracé de la D59.

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la voie de Jugon à la forêt de Boquen

       Avec un orientation plus sud, elle passe près de Beauregard, quitte la D59 par la droite direction Coëcard, le Carpont en Langouria, sous la forme d'un chemin rural limite de communes pendant 1300 mElle passe à l'ouest du château de Coëlan, entre le parc du château et la forêt de Boquen,  et elle arrive enfin au Gué Georges.

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la voie de la forêt de Boquen à la Hutte à l'Anguille

     Direction sud, le tronçon suivant forme les limites de communes, depuis la Croix Saint-Gilles jusqu'à la Barre et à la Haie. Près de la Croix Saint-Gilles, une pierre dressée pourrait faire penser à un ancien milliaire.

     La voie franchit la Rance à gué, près du Moulin du Parc, et forme ensuite une grande courbe pour éviter un cours d'eau. Direction sud-ouest, elle passe à Bransac, au Gué Haria, aux Barres (limite communale pendant 1 km) et près de la Guitaudière.

     Ouest-sud-ouest, limite de communes pendant trois kilomètres, la voie rejoint le carrefour de la Hutte à l'Anguille.

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la Hutte à l'Anguille, trois possibilités

     A cet endroit, on n'est plus du tout sûr du tronçon suivant. Plusieurs hypothèses ont été proposées :

1. Selon Gaultier du Mottay, la voie passe depuis la Hutte à l'Anguille jusqu'à Maupertuis, par la Croix-Bouillard et la Folie d'en Haut.

2. Julien Trévédy propose de continuer depuis la Hutte à l'Anguille par le Barilletla Ville-Pierre, la Croix du Chêne-Dubé, la Mare en Laurenan, Lanrenan par la D16, Branro, le Breil Tual et Maupertuis. Ce second parcours, repris par Guy Guennou, est plus rectiligne que le précédent mais il a l'inconvénient d'imposer lui aussi subitement un changement de direction de 90° à la voie, ce qui est peu logique.

3. Loïc Langouët propose de suivre le prolongement en ligne droite, depuis la Hutte à l'Anguille. Ce chemin forme la limite des communes sur plusieurs kilomètres. Il passe par Guérande, la Mare aux Canes, longe le calvaire de la Croix du Perron, traversant les Landes du Mené. Il rejoint ensuite la D792 à l'intersection de deux chemins vicinaux, au nord de FaheleauA cet endroit, il se raccorde à une voie plus ancienne, citée au début de cette page, orientée nord-sud (7). 

     Il se continue par Faheleau, le Pré Ferronla Bréhaudière et Maupertuis. Entre ces deux derniers villages, il croise la voie romaine de Rennes à Carhaix.

     Gaultier du Mottay et Guennou citent également Maupertuis sur leurs parcours. Les trois propositions se rejoignent donc à cet endroit.

     La voie de Corseul à Vannes passe ensuite à la Chapelle Saint-Jacques, aux Bruyères, à Torquilly le Bas, au Pavillon, puis suit la D1 jusqu'à la Chapelle. A cet endroit, on remarquera un tracé parallèle à la voie pendant 500 m (à l'est de la Ville-Juhel). Puis elle se continue sur la commune de Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Isle par la Ville-Jehan, l'Etrat, le Chef du Bois et le Pas aux Biches, en traversant la forêt de Lanouée.

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la voie de Maupertuis à la forêt de Lanouée

     Dans sa traversée de la forêt, jusqu'au Pas aux Biches, son tracé est encore visible. Ensuite, c'est plus incertain jusqu'aux environs de la Croix RougeAu sud de la Croix rouge, on retrouve son parcours sur la carte.

     Elle traverse la rivière l'Oust sur le territoire de la commune de Lanouée dans le Morbihan puis se continue par Bourg Grimaud, Berlaga et Beauséjour. 

     Un tracé au sud de la Croix Rouge est également possible par les Salles, la Fontaine Notre Dame des Fleurs, la Ville au Bray et Ertraie où elle adopte un tracé en baïonnette pouvant faire penser à l'accès à un gué sur l'Oust.

 

NOTES :

Sites gallo-romains le long de la voie : à Jugon (le camping), à Dolo (Bouquet-Jalu), Plénée-Jugon (Ruselée), Saint-Jacut-du-Méné (Gué Haria)

 

RENVOIS :

(1) Toutes les voies sortant de Corseul portaient ce nom d'estrat, issu de "via strata"

(2)  On y voyait autrefois "un pavage régulier formé de petits cailloux, posés debout dans un mortier très compact, et soutenus par une bordure de cailloux plus gros" - Gaultier du Mottay - 1869

(3) dédiée à l'empereur Victorin, elle indique 2 lieues de Corseul (4,4 km)

(4) la Salle est à associer à un bâtiment ancien, peut-être fortifié, bordant la voie. Pour Champ Martin, voir une allusion aux temples dédiés à a dieu Mars qui surplombaient la voie (d'ailleurs sa situation en hauteur est confirmée par le lieu-dit voisin, la Hautière)

(5) Gaultier du Mottay - 1869

(6) Le toponyme Chemin des Romains est ici une preuve du passage de la voie.

(7) Il pourrait s'agir d'une voie venant de la baie de Saint-Brieuc (J. Trévédy - 1907) peut-être un port situé dans l'anse de la Grand-Ville (L. Langouët - 1987)

 

 

 

 

 

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